Lin DELPIERRE, photographe

Retour

2007 - Série Ariège, le Mas d'Azil

 

Voyage en pays d’Oro

Le paysage fut notre enfance, au moins sur le plan du mythe. Nous savons son amitié qui s’éloigne, mais nous goûtons le bonheur qu’elle diffuse à jamais, avec ses dimanches où les cloches fondent dans les ciels de mai et qui le soir, à l’heure du lait, s’obscurcissent d’adieux ; ses longs étés formant une lumière douce dans l’être et forte dans le jour, qui, bien qu’en allés, bruissent encore si infiniment en toutes leurs contrées merveilleuses, qu’on croit qu’ils nous rappellent, de là-bas, d’entre l’oubli.

Tu auras connu que s’exhausse infiniment le soleil dans la profondeur du ciel et, que, si loin qu’il aille en ses voyages, sans cesse procréé par la reptation du firmament autour de lui, à nouveau le matin l’immole sur l’immensité.

Maintenant le paysage me dit, tu n’es ni l’arbre, ne le nuage, ni le chemin ; tes sens ne te servent de rien pour me connaître. Tu marches dans moi avec des yeux qui ne voient que l’image qui ne voient que la mort. Il faudrait absenter jusqu’au nom du visible et en oublier la signification pour me connaître et que, parmi la douceur ou l’excès d’une volupté nuptiale, toute parole expire sur la crête de mon secret.

Là est le calme. On dirait une place aiguë, un lieu dérivé et ombreux, descellé de l’embrasement. C’est midi, une paroi de verdure fait angle avec le plan du ciel, un mur évente de son ombre toute la rêverie de l’arbre. L’eau rouillée de l’abreuvoir à un goût d’éternité. Tu es perdu dans l’immobilité, respirant à la coupe d’un éboulement herbeux, si immobile que les moutons sont des flèches lancées vers l’hiver. Et la neige recouvre la vue, sans altérer la clarté du dehors. Un tournoiement de flocons, entre dans plus de lumière, l’ombre de nos yeux maintenant forme une tache bleue sur le soleil.

28 Tirages argentiques noir et blanc, 40X50 cm.