Lin DELPIERRE, photographe

Retour

2000 - Série Bombay - Urbaines

 

Chaque matin, à dix heures précises, affluant de la station de métro « Grand Road », une nuée de secrétaires s’égaient en direction du quartier administratif de Bombay.

Elles tiennent un mouchoir dans la main, feuilleté de soie, géométrie du songe ; les doigts froissent un nœud innervé des circonvolutions du cœur. Nulle vitrine, à elles dédiée, ne les défait de leur matérialité, ne les distrait de leur ondoiement, vers un bureau, un hall de réception, ou un office mystérieux.

Quelquefois des gestes, retenus, comme inachevés avant qu’ils fussent ébauchés, sont redoublés, dupliqués, réessayés dans le cours d’une corporéité lacunaire, tendue, - poings, parmi les rais du sari, comme fibules d’os, figeant le drapé vertical.

Gestes de monteuses, jouant en boucle, leur apparition matinale au sortir d’une bouche de métro. Leurs mains, dans des entrelacs de henné, déplient des triptyques (ceux du livre) dont le moyeu pourpre fascine les hommes abouchés à l’épaisseur transparente du ciel blanc. Et, ceux-là, sont, certes, inclus dans la frange discursive de l’image, mais pour regarder ce qui échappe, pour prendre ce qui ne sera obtenu qu’à travers l’épaisseur du père ; et l’écran de cinéma en poursuit l’ellipse, qui offre, par le gros plan, la scène permanente de décollation de l’héroïne ; chair transverbérée par les larmes, déposant dans le réel, mais en négatif, sur un sordide mur à champs rouge, au-dessus de l’empyrée des strapontins vides, la crasse spectrale de sept têtes serties dans un nimbe fuligineux.

Peu après leur passage, la rue se recouvre à nouveau d’une nuée d’hommes solitaires. Onde d’une robe, quelquefois ; ou la vénalité de quelque fille attachée à l’immobile.

Épreuves couleur contrecollées sur aluminium et encadrées, 50X50cm et 100X100cm.